2012 : le grand récapitulatif
Exit les « Top » que je n’ai jamais vraiment apprécié, je vais tenter de vous passer en revue l’année 2012 avec les artistes que j’ai apprécié, ceux que j’ai découvert, ceux qui nous ont quitté, qui nous ont déçu, qui nous ont enchanté et tout simplement troué le cul (appelons un chat un chat). Je ne suis donc pas super fan de « Top » au sens propre mais je vous engage quand même à aller jeter un œil à celui de l’
Abcdrduson qui est fort bien conçu, comme chaque année.
Comment ne pas commencer ce papier par un hommage. Tout d’abord à DJ Mehdi qui nous a quitté il y a plus d’un an désormais. L’autre énorme perte de 2012 est celle de MCA alias Adam Nathaniel Yauch, membre du célèbre pour l’éternité groupe des Beastie Boys. Hommage, donc, à ces deux hommes hors normes.
Cette année 2012 a été pour Adikt celle d’un léger creux au niveau de la production d’articles comme vous avez pu le constater. Le blog n’est pas mort, mais le temps manque parfois/souvent. Du coup, on a passé pas mal de temps sur les réseaux sociaux, à raconter des conneries sur Twitter (@adiktblog) et à balancer beaucoup de son sur
Facebook, où vous pouvez toujours nous rejoindre. Coup de chapeau en passant à mes confères blogueurs qui durent (et au meilleur :
Chroniques Automatiques) et salutations à
SWQW qui remplace les Chroniques Electroniques. Et hommage à des concepts qui nous auront bien fait kiffer durant l’année : je pense surtout à l’émission
Piège de Freestyle, qui est toujours un régal pour les oreilles.
Pour faire simple, j’ai découpé les artistes de l’année 2012 en des catégories complètement grossières : rap français, hip-hop, électronique, chanson et inclassable. Et nous allons commencer avec le paragraphe sur le rap français.
NB : tous les liens mènent vers les vidéos ou le streaming.
2012 : un grand cru du rap français
Effectivement, cette année aura été particulièrement riche dans le genre, avec des artistes qui semblent avoir trouvé un nouveau souffle, une direction artistique non pas novatrice mais foncièrement différente. C’est peut-être l’âge, les MC qui passent la trentaine sereinement et passent à autre chose.
Peut-être parce que ça fût l’une des premières grosses gifles de 2012, je commence par cette association Ahmad X Lartizan sur le titre «
Big Ben ». Une superbe collaboration sur une instru qui me rend encore dingue. De son côté, le montpelliérain Ahmad a prouvé qu’il était l’un des meilleurs lyricistes du rap jeu, de l’autre, Lartizan (et son label LZO) continue à promouvoir de très bons artistes et projets. Allez leur faire un
bisou sur leur site. Dans un genre qui me fait irrémédiablement penser à celui du MC de Montpellier,
Kussay et son groupe The Smokes ont été discrets et productifs à la fois. Discrets, car ils n’ont pas fait le buzz comme d’autres, mais productifs parce que j’ai découvert leur univers sur différentes vidéos. Félicitations pour ce rap-blues qui sort un peu de ce qu’on entend d’ordinaire.
Enfin, on se rassure aussi parce malgré le temps qui passe, certains ne changent pas, mais évoluent. C’est le cas du Klub des Loosers, et de cet album complètement dingue qu’est «
La fin de l’espèce ». En live, Fuzati est toujours aussi nul (même si ça vaut le coup quand même pour écouter ses impros débiles et se faire cracher dessus, à l’occasion) et Detect toujours autant apathique. Mais bon... on les aime bien quand même. 2012 a été l’année de la réécoute également. J’ai pas mal réécouté ce mec trop peu connu,
K.Oni, son débit et son intelligence. J’ai réécouté
Samm Coloquinte et ses 16 titres bien lourds, comme avant.
On se rend de plus en plus compte également que le rap Marseille VS Paris, c’est bel et bien terminé. Personne ne pourra dire le contraire ; il suffit de jeter un œil à la province et notamment dans le grand Ouest. Ceux qui me connaissent et me suivent savent que je suis un inconditionnel de Psykick Lyrikah et de son MC, Arm. 2012 n’aura pas été un cru mémorable même s’il ne faut pas oublier la sortie du presque anecdotique « Acte II ». 2013 s’annonce toutefois sous de meilleurs auspices avec déjà
une première petite bombe signée Arm. Puisqu’on est dans les chouchous, un énorme merci au plus bouillant des MC, j’ai nommé Grems aka Supermicro. Dingue en live, visionnaire et graphiste de génie, seul ou accompagné il reste et restera l’une des plus perles du rap français (j’insiste sur rap français puisqu’il en a fracassé les codes à de multiples reprises et encore récemment avec
PMPDJ). Allez jeter un œil à
La Fronce, ce collectif de rappeur psychopathes qui font des étincelles. Comment, donc, ne pas citer mon toulousain préféré, Tchad Unpoe, sa gentillesse et sa disponibilité, et son super album «
Undoe » disponible gratuitement !
Dans la capitale, le
C.Sen continue son bonhomme de chemin et rend chaque morceau un peu mieux que celui d’avant. Je lui prédis d’office une grande année 2013. Car l’année qui vient de s’écouler sera fatalement placée sous le signe d’un seul rappeur : Youssoupha. Excellent de quasi bout en bout, le rappeur a fait l’unanimité, et
certains titres sont déjà entrés au panthéon de ce qui se fait de mieux dans l’hexagone. Sans album, Orelsan aura lui aussi continué à faire parler de lui tout au long de l’année avec
ses différents clips notamment.
2012 signe aussi quelques revenants. Liquid tout d’abord, le rescapé du groupe lyonnais Les Gourmets, qui commence à se faire vraiment bien remarquer
en solo avec quelques titres tous d’un très bon calibre. LE revenant de cette année reste toutefois Kimto Vasquez, du groupe Less du Neuf pour les anciens, avec des titres géniaux, à l’image de «
L’océan ». Auteur d’un
EP 5 titres que j’ai écouté des dizaines de fois, Iraka est lui aussi l’un des mecs trop rares qu’on aimerait voir bien plus souvent.
Enfin, mes deux découvertes rap de l’année. La première, c’est deux petits jeunes géniaux,
Big Flo & Oli, et qui devraient eux aussi faire beaucoup de bruit en 2013. Enfin, découvert sur le tard de cette année 2012,
Lucio Bukowski, dont l’achat de l’album a été rapidement rentabilisé puisque je l’ai déjà beaucoup écouté.
Je termine ce paragraphe sur une note de rap américain. J’en ai eu carrément marre d’entendre les mêmes noms tourner sur les réseaux sociaux toute l’année. A tel point que je n’ai quasi pas écouté les Kendrick Lamar, Roc Marciano, 2 Chainz et consorts. Je me ferais mon propre avis plus tard, quand ceux qui les auront éclipsé feront le buzz. Si je devais retenir trois choses en rap américain, ce serait celle-ci : la collaboration
Ira Lee & Thavius Beck, le très bon album de
Radioinactive et le phénomène
Action Bronson.
Je ne peux pas terminer sans citer des artistes en vrac, tous géniaux : le meilleur groupe de hip-hop japonais du monde,
Tha Blue Herb et l’EP « Still Raining, Still Winning » sans oublier l’album « Total », mais aussi l’album d’
Andy Kayes et ses très bons featurings notamment, le classique « Mon refuge » de
L’Indis et enfin, gloire au label nancéien Ici D’ailleurs, l’association géniale qui a donné vie au groupe
Number Not Names.
Et un peu de producteurs...
Au rang des producteurs, je voulais tout de même souligner la découverte de Dnte et de ce morceau «
Could we dance », simplement parfait. Dans un registre pas si éloigné que ça, je vous invite aussi à vous jeter sur le
Soundcloud de Guts, qui contient quelques pépites qui ont beaucoup tourné sur mon ordi.
Comment oublier de citer l’immanquable Flying Lotus et son «
Until the Quiet Comes » ou le moins remarqué mais très bon «
12 Bit Blues » de Kid Koala. Enfin, puisqu’il faut parler du phénomène C2C, je vous invite à écouter le remix de «
Down the Road » par les japonais de Hifana. Juste… hifanesque !
Registre électronique
Je me dois de commencer par citer
Woodini au registre des claques musicales, des découvertes et des rencontres. Au-delà de l’artiste, le mec est chaleureux, de bonne humeur et pas avare de petits pas de dance en concert ! A savoir qu’il a commencé les lives en cette année 2012, et que c’était plutôt réussi. Je salue donc bien bas son premier EP « Chrysalide » annonciateur d’une deuxième salve. Vous pouvez le suivre sur son
Soundcloud où il est assez actif.
En musique électronique, il faut aussi souligner l’année du jeune producteur parisien
Dream Koala dont le succès devrait se perpétuer et s’accentuer en 2013. Sur ce coup, je pense être un peu en avance, même si j’accumule souvent du retard. Cette année a été l’occasion pour moi de revenir sur certains sons à l’image de
Seekae + Dome ou même The XX et leur longue «
Intro » magistrale que j’ai beaucoup écouté. 2012 fût aussi une longue frustration, le temps de l’attente de l’album
« Tohu Bohu » de Rone, album plein, complet, « ronesque » jusqu’au bout. Parfait.
Dans une veine beaucoup plus deep-house/electronica, la révélation de l’année fût pour moi
Francis Harris et son « Leland » simplement magnifique. La force de cet album réside sans sa capacité à étonner perpétuellement, à épater avec ces rythmes jazzy et des voix merveilleusement bien travaillées. En termes de découvertes, j’ai écumé des milliers de fois les musiques de Long Arm et notamment la constamment étonnante «
The Branches » ; comme un arbre, on la saisit au tronc avant de s’attaquer à mille branches différentes. Un pur bijou.
Passons à ce que je qualifierais vulgairement de dubstep avec un premier duo qui m’a épaté dans sa capacité à tirer le meilleur de Burial :
Ghosts. L’EP en écoute sur le Web et que j’avais chroniqué est merveilleux, vraiment. La découverte du genre dubstep, c’est
NKNWN (prononcez « unknow », je suppose) et il porte bien son nom : inconnu, on sait seulement qu’il serait russe, et qu’il distille des morceaux souvent excellents sur son
Soundcloud. Croyez-moi, sa réputation commence à grimper doucement mais surement. Continuons sur cette lancée en parlant de
J:Kenzo, mon petit chouchou de l’année avec ce titre puissant «
Eyes Wide Open ». Enfin, Volor Flex a fait trembler mes enceintes des milliers de fois sur le rythme de ses basses vrombissantes à souhait.
Comment ne pas achever cette liste (par ailleurs très très incomplète) avec l’association qui personnellement me file toujours des frissons, celle de
Burial & Four Tet avec Nova notamment. Ou même Burial tout court avec son «
Street halo / Kindred ».
J’ai encore un petit goût amer puisque j’ai écumé des dizaines d’autres albums et donc, en vrac, voici ce que vous pourriez adorer : les derniers Crystal Castles, Clark et Squarepusher, le trop méconnu album
« U & I » de Leila, le bel EP de Paulie Jan, un World’s End Girlfriend que je n’ai pas écouté, le « Lonerism » de Tame Impala, Jacques Green (immanquable), Tim hecker & Daniel Lopatin, l’excellentissime album de Phon.O, l’album remixs gratuit de
Raoul Sinier « Covers ».
Pardon pour tous ceux que j’ai oublié.
Une année de chansonniers
C’est peut-être l’âge, mais je repars très souvent avec des disques de moins en moins hip-hop ou électro quand je vais fouiner dans les magasins. Du coup, je suis tombé sur des perles cette année. J’avais découvert The Tallest Man on Earth en 2011 si ma mémoire est bonne et son cru 2012, «
There's No Leaving Now », est un merveilleux album. Il faut dire que la voix du monsieur peut te renverser à n’importe quel moment. Ce mec a une capacité à te faire chialer assez monstrueuse.
Dans le même registre, Matt Elliott excelle également, dans le registre des musiques lacrymogènes. Son album «
The Broken Man » est une douceur exquise. Jamais 2 sans 3 :
Maverick Sabre m’a aussi littéralement tué avec sa voix, dans la série des Bands in Transit.
C’est au Nord qu’il a fallu aller pour découvrir le très bon
Olle Nyman et son album folk « Venture », qui vaut le détour. Dessa est venue s’en mêler et m’a flingué avec sa voix sur «
Dixon’s Girl ».
La révélation que je n’aurai probablement pas du classer en chanson n’est autre que Alt-J (∆), ce fabuleux groupe dont l’album, «
An Awesome Wave » est une merveille indescriptible de bout en bout.
Et puis, il y a les autres…
Je place dans cette rubrique de fin un de mes groupes préférés de cette année, pour plusieurs raisons :
The Glass Half. Je le mets dans les inclassables puisque je suis incapable de dire que c’est tel ou tel style. C’est du rock-hip-hop-chant-psyché. C’est génial, ca décape, le chanteur a une voix monstrueusement belle, MatMat à la prod fait preuve d’une énergie et d’une créativité formidable. Bref, c’est un de mes gros coups de cœur 2012, et c’est signé (encore) sur
LZO Records.
Enfin, je me suis trouvé confronté récemment à
Fauve. Ce groupe et ce nom qui ne veut rien dire. Insignifiant. Et pourtant… La musique n’est pas particulièrement excellente. Ce sont les textes. Déclamés avec cette voix monocorde, sensible, et qui te pètent à la gueule alors que t’as rien demandé. C’est un sentiment très étrange qui est né quand j’ai écouté, des dizaines de fois, ces morceaux un peu fous.
Sur ce, je vous souhaite une belle année 2013.